Voyage dans l’espace aux frontières de la raison

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Dans le cadre de l’Année mondiale de l’astronomie, l’Euro Space Center prépare une expo sur la série «Le complexe du chimpanzé». Interview de leurs auteurs, Richard Marazano et Jean-Michel Ponzio.
- Le Complexe du Chimpanzé a reçu le Prix du meilleur album à Lyon en 2007, j’imagine que vous êtes satisfaits?

- marazano2ponzio2Richard Marazano. Oui ça fait toujours plaisir et c’est toujours gratifiant. On sent un engouement du public, les gens sont touchés par les personnages et sont vraiment intrigués par le déroulement de l’histoire. Les prix c’est bien, mais c’est bien aussi lorsqu’il y a un véritable engouement du public

- Donc malgré le fait que la BD soit quand même relativement technique, on nous parle d’espace, de navette spatiale, le public a bien suivi?

- RM. Je vais peut-être laisser Jean-Michel répondre (ndlr: le dessinateur) car il a la nécessité de rendre la chose très réaliste mais en même temps on n’est pas en train de raconter les aventures de la navette spatiale.

- Jean-Michel Ponzio. C’est ce que je dis souvent, étant donné que je pars sur des personnages qui sont hyper réaliste, tout doit suivre en fait. Effectivement il y a un travail de recherche relativement important, les intérieurs de navette sont très poussés. Il y a pas mal de documentation derrière mais bien que ce soit réaliste il y a beaucoup de choses que j’invente aussi.

- RM. En plus Jean-Michel vient du cinéma…

- JMP. Je viens plus particulièrement du décor, donc j’adore faire ça, mais ce qui m’intéresse vraiment aujourd’hui, c’est de travailler mes personnages, car je suis un peu plus faible de ce côté-là.

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La misère n’a pas besoin de mots pour s’exprimer

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Maria, appelons-la Maria, habite un pays pauvre d’Amérique latine nommé «Wasteland» (littéralement «pays d’ordures»). Elle ne rêve que d’une seule chose, fuir cette contrée de malheur où la pauvreté endémique et la haine omniprésente qui y règnent ne lui offre aucun espoir de vie décente. Elle tente donc comme des milliers de ses compatriotes l’exode vers la terre promise du Nord. Quelques semaines plus tard son corps est retrouvé sur le bord de la route par un camionneur.

Cette histoire tragique n’en est qu’une parmi la quinzaine toutes aussi tragiques qu’Yvan Brun relate dans son ouvrage. Récits très sombres où tous les travers de la société sont passés en revue sans ménagement. La violence physique, la pauvreté, le viol, le mobbying mais aussi la culture télévisuelle aliénante, la déforestation, ou encore le trafic de drogue. Un inventaire à la Prévert fait de maux qui sont autant de tableaux dépeignant une société égoïste et hypocrite qui part à la dérive.

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C’est particulièrement le cas de «Wasteland», un parcours personnel et tragique parmi 15 autres. Suite à la découverte de Maria, débute alors la reconstitution par un jeune policier qui rêve encore de justice la nuit et dont la corruption n’a pas encore gangréné l’âme, de son parcours en enfer. Il découvre alors que loin d’être la trainée pour laquelle on veut la faire passer, elle était au contraire une employée modèle qui travaillait dur à l’usine pour nourrir toute sa famille. En voulant améliorer les conditions salariales de ses collègues, elle s’est faite renvoyer et a dû trouver un moyen alternatif de subsistance.

Comme une bonne partie de ses compatriotes qui se retrouve au chômage, Maria s’est retrouvée face à un dilemme : soit être embrigadée dans des affaires pas très nettes liées à la prostitution ou à la drogue, soit fuir le pays vers cet eldorado occidental idéalisé à travers la télévision. Mais c’est là un chemin qui peut mener droit en enfer et que Maria a payé de sa personne.

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Le récit de Maria se termine par 2 planches d’une page entière chacune. L’une d’elle montre deux candidats à l’exil qui ont finalement échoué sur les plages d’un riche pays du nord. Malheureusement s’ils ont réussi à gagner les rivages d’une plage cossue occidentale, ils y ont perdu leur vie et c’est dans l’indifférence générale que leur corps est balloté par les vagues.

La deuxième planche est une reproduction du «Radeau de la Méduse», peinture de Théodore Géricault exposée au Musée du Louvre. Basé sur un fait divers tragique, l’œuvre originale était en fait au cœur de tensions sociales et politiques de l’époque. Elle y montre la vie, la mort, l’espoir et le désespoir tout en y dénonçant également la dérive politique de la société de l’époque. Quelques 180 ans plus tard, rien n’a vraiment changé et la reproduction d’Yvan Brun ne fait rien d’autre qu’exprimer les mêmes sentiments avec d’autant plus de force que la quotidienneté avec laquelle ils se déroulent.

A noter encore que pas une seule parole n’est échangée tout au long de l’ouvrage.
La misère n’en a pas besoin pour s’exprimer.

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«No Comment»
Yvan Brun
Drugstore

Quand le trésor d’Al-Qaida devient la cible des américains

Les attentats du 11 Septembre ont généré une littérature abondante mais force est de constater que cette dernière est principalement restée cantonnée sur les rayonnages de géopolitique ou des romans. Elle n’a que peu touché ou de manière indirecte la Bande dessinée. “Ghost Money, la femme de Dubaï” tente d’y remédier et ceci avec un brio certain.

Le scénario de Smolderen est aussi bien ficelé qu’un combattant ennemi en train de perdre ses plus belles années dans les geôles de Guantanamo. A chaque page, on sent le soin apporté au détail et les recherches monstrueuses que cela a dû demander. Le tout est superbement mis en images par Bertail dont le trait crédible sied à merveille à toutes les innovations techniques de ce récit d’anticipation (Nous sommes en 2020).

L’idée de départ qui a titillé le scénariste réside dans les étranges mouvements boursiers constatés la vieille de s attentats à New-York. Qui savait que la chute des tours allait faire chuter dans un même élan de peurs irrationnelles les bourses du monde entier? Et qui a donc bien pu spéculer à la baisse de manière prémonitoire et ainsi engranger des milliards de dollars aussi facilement qu’un paysan afghan recueillerait les bénéfices de sa récolte de pavot.

De ce point de départ, la construction du récit s’étoffe ensuite grâce à l’imagination féconde de Smolderen. Un peu à la manière d’un Dan Brown et son Da Vinci Code qui construit un roman suintant la vérité à travers tous les détails véridiques qu’il contient, Smolderen procède de même et le résultat n’en est que plus excitant.

Les flash-backs sont executés de main de maître. Ainsi le récit débute à Fallujah en pleine guerre d’Irak où les soldats zélés de Bush s’évertuent à extorquer à des troufions les secrets financiers de la mouvante islamique. Sans grand succès, et ce qu’il convient d’appeler “Le trésor d’Al-Qaida” dormira encore tranquille jusqu’en 2020 où l’on est propulsé quelques pages plus loin. On fait alors la  connaissance de Chamza une jeune étudiante de Dubaï à la LSE (London School of Economics) qui attirera l’attention des services secrets américains. Sa grande beauté n’a d’égal que l’altitude stratosphérique où vol son compte en banque mais c’est surtout la source douteuse de celui-ci ainsi que les fréquentations louches qu’elle entretient avec le haut dignitaire d’un mouvement spirituel baptisé l’Emirat des Lumières qui vont lui attirer l’intérêt des chasseurs de trésor yankee.

Dans cette déferlante de finance, de géopolitique et de militaire, la corde sensible n’est pourtant pas oubliée. Au contraire même puisqu’on découvre l’histoire à travers les yeux de Lindsay, jeune étudiante londonienne qui rencontre Chamza à l’occasion d’une manifestation anti-néoconservateurs et tombe amoureuse de cette dernière comme un jeune étourneau s’amouracherait de sa mère au sortir de l’oeuf.  Sa présence est admirablement distillée le long du récit à travers une voix-off qui apporte cette dimension émotionnelle qui aurait sinon fait défaut.

Bref, du grand art que ce premier opus de “Ghost Money” et qui risque fort de faire beaucoup de bruit. Que l’attente va être longue jusqu’au prochain album…

Ghost Money, la dame de Dubaï
Smolderen, Bertail
Dargaud

Folie d’un homme, folie des hommes, « le chant des sabres » questionne juste.


Un couple s’enroule l’un contre l’autre dans une danse d’amour au milieu d’un champ de tournesol. Douce folie jaune lentement tempérée par le rougeoyant soleil du soir.
Lui, So Eyon, est le fidèle bras droit d’un mandarin chinois dont le royaume est en état de déliquescence presque aussi avancé que la tête de son souverain. Fidèle parmi les fidèles et obéissant aveuglément à son maître, il dirige avec fermeté la garde suivant le code de l’honneur des guerriers et ne craint point la mort. Peu loquace, il jouit d’un respect immense autant par son habileté exceptionnelle à manier le sabre que par la peur que suscite le moindre écart de conduite immédiatement sanctionné par sa lame. Elle, Jiang, la femme de So Eyon, ressemble à une jeune pousse insouciante qui cherche le soleil au début du printemps. Son regard innocent est pourtant bien sombre et cache une folie qu’elle a toute les peines du monde à dissimuler.
Mais la danse onirique des deux papillons dans leur champ de fleurs ne dure pas. Le seigneur Fu Shu-Ing fait appeler So Eyon et le ramène à la triste réalité d’une Chine qui perd la tête dans les vapeurs d’opium que la perfide Albion lui impose. La révolte des Taiping gronde et le général Xao Paï marche déjà à la tête de 500 hommes sur le seigneur fou qui ordonne à ses hommes de combattre à l’aide de courges et de bambous. Même le plus valeureux des guerriers, armé de la cucurbitacée la plus gouteuse, ne peut espérer accomplir de miracle. La lutte est inégale, surtout quand son entourage manigance. Trahis, le guerrier se retrouve à errer tel un spectre, seul, sans sa belle. Celle-ci n’a un sort guerre enviable puisque sa folie aura finalement le dessus sur toutes ses longues années de détermination. Mais les belles histoires ont toutes une fin heureuse et le lien occulte qui relie le couple singulier leur permettra de vivre pleinement leur folie, à deux cette fois.
Après l’excellent « King David », Casterman, à travers sa collection KSTR, nous sort à nouveau un petit bijou digne de figurer sur les meilleures étagères. Sous la baguette d’Ozanam, encore lui, c’est cette fois Tentacle Eye qui est au pinceau et qui fait des merveilles. Qu’elles soient de terreur, de bonheur ou de folie les atmosphères sont superbement retranscrites par des pages entièrement brossées dans les mêmes teintes rouges, bleues ou vertes. La maîtrise des cadrages n’a d’égal que le découpage des cases ou plutôt l’équarrissage des cases devrait-on dire, tant elles sont taillées d’un coup de sabre leste. Cette virtuosité distillée avec habileté contribue tantôt au renforcement des émotions qui transpire des pages, tantôt à leur dissimulation. Du grand art.
“Le Chant des Sabres”
Ozanam, Tentacle Eye
Casterman, collection KSTR

Le roi David en pleine guerre des gangs a New-York

Surprenant, violent, épatant. Tels sont les qualificatifs de ce « King David ». L’entrée en matière au niveau graphique est quelque peu ardue pour les habitués du trait net et précis. Point de dessin léché au contour rigoureux mais des planches peintes à grands coups de pinceaux et aux tons uniformes. Les personnages oscillent entre le blanc cadavérique et le vert macchabée. L’effet n’en est que plus impressionnant pour l’hémoglobine d’un rouge profond qui jaillit à travers les pages. Au fil des pages, le surprenant devient naturel et c’est plutôt certains noms, David, Saül, Goliath ou les Philistins qui nous déconcertent quelque peu en évoquant de lointains souvenirs d’histoire biblique. Lors de l’affrontement entre David et Goliath dans la vallée d’Ellah, le doute n’est plus permis, il s’agit bien d’un épisode de la Bible revisité façon mafia new-yorkaise des années 70. L’histoire est narrée du point de vue du fils de David qui au départ n’était pas encore né (« Moi à l’époque, je n’étais même pas une étincelle de désir dans l’œil de mon père »).
Comme dans la bible, David est un jeune berger qui fait paître ses brebis, à la différence que ces dernières ne broutent pas les mottes des collines de Bethléem mais se font plutôt brouter la motte par la racaille qui arpente les trottoirs malfamés de la Grande Pomme.
Cette transposition anachronique ressemble furieusement par la conservation des textes originaux dans une mise en scène contemporaine au « Roméo et Juliette » du réalisateur Baz Luhrmann qui en 1996 s’était ingénié à catapulter le Vérone du XVIème siècle dans un quartier chaud des États-Unis. Saupoudrez le tout d’une pincée du « Parrain » de Coppola et vous obtenez ce remarquable « King David ». Au final, simplement surprenant, violent, épatant.

“King David”
Ozanam, Singelin
Casterman, collection KSTR

Georges W. Bush : Homo Biblicus Neo-conservatus

Il est des bandes dessinées qui aurait tout à fait leur place dans la collection d’ouvrages recommandée au début de l’année dans les facultés de sciences politiques. “L’élu” en fait partie. Sous une apparente bonhomie où un professeur d’histoire inter-galactique s’évertue à enseigner l’histoire guerrière de la planète Terre à des étudiants roses à trompes aussi indisciplinés que leur homologues terriens, l’auteur retrace la vie présidentielle de Georges W. Bush sans compassion. Pour comprendre le comportement étrange de l’HOMO BUSH, il le resitue dans son cadre naturel. L’espèce, dérivée de l’HOMO SAPIENS appartient à l’HOMO AMERICANUS BIBLICUS et à ses sous-espèces plus récentes l’EVANGELICUS et le NEO-CONSERVATUS.
Frederic Lenoir explique : “Au moment où cette administration va partir, je voulais dresser un bilan des années Bush et de la lutte contre le terrorisme qui a eu pour seul effet de faire prospérer le terrorisme. Plutôt que de rédiger un essai, j’ai préféré le ton humoristique de la BD.”
Et force est de constater que l’essai (même si cela n’en est pas un…) est plutôt réussi. Les 7 années que Bush a passé au pouvoir sont passées en revue de manière humoristique. On y découvre les liens étroits que la famille Bush a entretenu avec moult individus peu recommandables tel la famille Ben Laden, ainsi que les liens occultes du complexe militaro-industriel avec le gouvernement américain. Jusque là rien de nouveau, pour tout amateur de documentaires à la Michael Moore ou d’enquêtes d’Eric Laurent. La différence réside en cela que cette vérité n’avait encore jamais été présentée de manière aussi humoristique et donc aussi facilement appréhendable par le commun des mortels.

“L’élu, le fabuleux bilan des années Bush”
Lenoir, Chabert
Echo des Savanes

Tristan et Iseult defient le temps

Comment juger un roman du XIIe siècle avec des critères du XXe ou même XXIe?
Quelle anachronisme, c’est juste baaas boooossible! Mais quoi qu’il en soit quelle délectation de lire un roman vieux de 8 siècles! D’ailleurs, sais-tu lecteur intrépide que le mot “roman” provient justement de cette époque et consistait à transcrire de vieux écrits en langue romane?. Avant ca point de roman! On lisait des odes, des vers ou des trucs comme ca mais de romans que nenni.

Ceci dit Brahim, les scénaristes des “Desperate Houswives” et autres productions hollywoodiennes qui font régulièrement exploser le box-office américain et par la même occasion européen quand ils ne font pas grêve, au grand désespoir d’ailleurs des défenseurs du cinéma soporifique du vieux continent incapables de se remettre en cause et de rivaliser avec une machine de guerre bien huilée, n’ont rien à envier à l’illustre inconnus qui a pondu cette peinture moyenne-ageuse (Et oui, pas encore d’appareil photo à l’époque). Car si tu me suis toujours fidèle lecteur dans la tourmente de mes déblatérations verbales, tout y est! Ce poème épique destiné à être récité à la cours des rois par les troubadours et autres Brad Pitt de l’époque contient de l’amour, de l’adultère, du suspense, de l’action, du sexe, des gentils, des méchants, et tous les ingrédients qu’il faut pour être totalement absorbé par les aventures totalement folles de dame Iseult aux mains blanches et du valeureux Tristan qui combattis le retors Morholt. Au point même que si l’envie te prends de descendre l’ouvrage dans le train, tu maudiras d’être arrivé si vite à destination et de ne pas savoir si le roi Marc que la jalousie aveugle brûlera Dame Iseult sur le bucher.

Bref, c’est du bon, c’est du lourd et à l’époque ca a certainement dû déchainer les foules à défaut de faire exploser l’audimat.

Donc si tu hésites, n’hésites plus, ca se lit très vite, tellement vite que ton pouce pourrait en attraper une tendinite à force de faire des allers-retour incessants avec les pages.

Le livre vaut largement les 2,29 euros payés à l’époque un samedi après-midi de cohue à la Fnac en train de pester à la caisse dans une queue qui n’avance pas et à deux doigts d’abandonner tous mes articles dans un bac de stabilos en promotion (4 pour le prix de 3…). Finalement je ne regrette pas mon achat même s’il a squatté ma bibliothèque pendant presque 4 ans sans que ne s’ouvre une seule page. Oui, j’ai honte, que le spectre de Guillaume d’Orange me maudisse sur 17 générations.

Ci bon, ci pas cher, achèt! achèt!