Surprenant, violent, épatant. Tels sont les qualificatifs de ce « King David ». L’entrée en matière au niveau graphique est quelque peu ardue pour les habitués du trait net et précis. Point de dessin léché au contour rigoureux mais des planches peintes à grands coups de pinceaux et aux tons uniformes. Les personnages oscillent entre le blanc cadavérique et le vert macchabée. L’effet n’en est que plus impressionnant pour l’hémoglobine d’un rouge profond qui jaillit à travers les pages.
Au fil des pages, le surprenant devient naturel et c’est plutôt certains noms, David, Saül, Goliath ou les Philistins qui nous déconcertent quelque peu en évoquant de lointains souvenirs d’histoire biblique. Lors de l’affrontement entre David et Goliath dans la vallée d’Ellah, le doute n’est plus permis, il s’agit bien d’un épisode de la Bible revisité façon mafia new-yorkaise des années 70. L’histoire est narrée du point de vue du fils de David qui au départ n’était pas encore né (« Moi à l’époque, je n’étais même pas une étincelle de désir dans l’œil de mon père »).
Comme dans la bible, David est un jeune berger qui fait paître ses brebis, à la différence que ces dernières ne broutent pas les mottes des collines de Bethléem mais se font plutôt brouter la motte par la racaille qui arpente les trottoirs malfamés de la Grande Pomme.
Cette transposition anachronique ressemble furieusement par la conservation des textes originaux dans une mise en scène contemporaine au « Roméo et Juliette » du réalisateur Baz Luhrmann qui en
1996 s’était ingénié à catapulter le Vérone du XVIème siècle dans un quartier chaud des États-Unis. Saupoudrez le tout d’une pincée du « Parrain » de Coppola et vous obtenez ce remarquable « King David ». Au final, simplement surprenant, violent, épatant.
“King David”
Ozanam, Singelin
Casterman, collection KSTR
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