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Quand le trésor d’Al-Qaida devient la cible des américains

31 août 2008 · Laisser un commentaire

Les attentats du 11 Septembre ont généré une littérature abondante mais force est de constater que cette dernière est principalement restée cantonnée sur les rayonnages de géopolitique ou des romans. Elle n’a que peu touché ou de manière indirecte la Bande dessinée. “Ghost Money, la femme de Dubaï” tente d’y remédier et ceci avec un brio certain.

Le scénario de Smolderen est aussi bien ficelé qu’un combattant ennemi en train de perdre ses plus belles années dans les geôles de Guantanamo. A chaque page, on sent le soin apporté au détail et les recherches monstrueuses que cela a dû demander. Le tout est superbement mis en images par Bertail dont le trait crédible sied à merveille à toutes les innovations techniques de ce récit d’anticipation (Nous sommes en 2020).

L’idée de départ qui a titillé le scénariste réside dans les étranges mouvements boursiers constatés la vieille de s attentats à New-York. Qui savait que la chute des tours allait faire chuter dans un même élan de peurs irrationnelles les bourses du monde entier? Et qui a donc bien pu spéculer à la baisse de manière prémonitoire et ainsi engranger des milliards de dollars aussi facilement qu’un paysan afghan recueillerait les bénéfices de sa récolte de pavot.

De ce point de départ, la construction du récit s’étoffe ensuite grâce à l’imagination féconde de Smolderen. Un peu à la manière d’un Dan Brown et son Da Vinci Code qui construit un roman suintant la vérité à travers tous les détails véridiques qu’il contient, Smolderen procède de même et le résultat n’en est que plus excitant.

Les flash-backs sont executés de main de maître. Ainsi le récit débute à Fallujah en pleine guerre d’Irak où les soldats zélés de Bush s’évertuent à extorquer à des troufions les secrets financiers de la mouvante islamique. Sans grand succès, et ce qu’il convient d’appeler “Le trésor d’Al-Qaida” dormira encore tranquille jusqu’en 2020 où l’on est propulsé quelques pages plus loin. On fait alors la  connaissance de Chamza une jeune étudiante de Dubaï à la LSE (London School of Economics) qui attirera l’attention des services secrets américains. Sa grande beauté n’a d’égal que l’altitude stratosphérique où vol son compte en banque mais c’est surtout la source douteuse de celui-ci ainsi que les fréquentations louches qu’elle entretient avec le haut dignitaire d’un mouvement spirituel baptisé l’Emirat des Lumières qui vont lui attirer l’intérêt des chasseurs de trésor yankee.

Dans cette déferlante de finance, de géopolitique et de militaire, la corde sensible n’est pourtant pas oubliée. Au contraire même puisqu’on découvre l’histoire à travers les yeux de Lindsay, jeune étudiante londonienne qui rencontre Chamza à l’occasion d’une manifestation anti-néoconservateurs et tombe amoureuse de cette dernière comme un jeune étourneau s’amouracherait de sa mère au sortir de l’oeuf.  Sa présence est admirablement distillée le long du récit à travers une voix-off qui apporte cette dimension émotionnelle qui aurait sinon fait défaut.

Bref, du grand art que ce premier opus de “Ghost Money” et qui risque fort de faire beaucoup de bruit. Que l’attente va être longue jusqu’au prochain album…

Ghost Money, la dame de Dubaï
Smolderen, Bertail
Dargaud

Catégories : BD
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