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La misère n’a pas besoin de mots pour s’exprimer

11 décembre 2008 · Un commentaire

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Maria, appelons-la Maria, habite un pays pauvre d’Amérique latine nommé «Wasteland» (littéralement «pays d’ordures»). Elle ne rêve que d’une seule chose, fuir cette contrée de malheur où la pauvreté endémique et la haine omniprésente qui y règnent ne lui offre aucun espoir de vie décente. Elle tente donc comme des milliers de ses compatriotes l’exode vers la terre promise du Nord. Quelques semaines plus tard son corps est retrouvé sur le bord de la route par un camionneur.

Cette histoire tragique n’en est qu’une parmi la quinzaine toutes aussi tragiques qu’Yvan Brun relate dans son ouvrage. Récits très sombres où tous les travers de la société sont passés en revue sans ménagement. La violence physique, la pauvreté, le viol, le mobbying mais aussi la culture télévisuelle aliénante, la déforestation, ou encore le trafic de drogue. Un inventaire à la Prévert fait de maux qui sont autant de tableaux dépeignant une société égoïste et hypocrite qui part à la dérive.

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C’est particulièrement le cas de «Wasteland», un parcours personnel et tragique parmi 15 autres. Suite à la découverte de Maria, débute alors la reconstitution par un jeune policier qui rêve encore de justice la nuit et dont la corruption n’a pas encore gangréné l’âme, de son parcours en enfer. Il découvre alors que loin d’être la trainée pour laquelle on veut la faire passer, elle était au contraire une employée modèle qui travaillait dur à l’usine pour nourrir toute sa famille. En voulant améliorer les conditions salariales de ses collègues, elle s’est faite renvoyer et a dû trouver un moyen alternatif de subsistance.

Comme une bonne partie de ses compatriotes qui se retrouve au chômage, Maria s’est retrouvée face à un dilemme : soit être embrigadée dans des affaires pas très nettes liées à la prostitution ou à la drogue, soit fuir le pays vers cet eldorado occidental idéalisé à travers la télévision. Mais c’est là un chemin qui peut mener droit en enfer et que Maria a payé de sa personne.

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Le récit de Maria se termine par 2 planches d’une page entière chacune. L’une d’elle montre deux candidats à l’exil qui ont finalement échoué sur les plages d’un riche pays du nord. Malheureusement s’ils ont réussi à gagner les rivages d’une plage cossue occidentale, ils y ont perdu leur vie et c’est dans l’indifférence générale que leur corps est balloté par les vagues.

La deuxième planche est une reproduction du «Radeau de la Méduse», peinture de Théodore Géricault exposée au Musée du Louvre. Basé sur un fait divers tragique, l’œuvre originale était en fait au cœur de tensions sociales et politiques de l’époque. Elle y montre la vie, la mort, l’espoir et le désespoir tout en y dénonçant également la dérive politique de la société de l’époque. Quelques 180 ans plus tard, rien n’a vraiment changé et la reproduction d’Yvan Brun ne fait rien d’autre qu’exprimer les mêmes sentiments avec d’autant plus de force que la quotidienneté avec laquelle ils se déroulent.

A noter encore que pas une seule parole n’est échangée tout au long de l’ouvrage.
La misère n’en a pas besoin pour s’exprimer.

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Yvan Brun
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Catégories : BD

1 réponse jusqu'à présent ↓

  • Philippe // 16 janvier 2009 à 2:37

    Un ouvrage effectivement magnifique et stupéfiant. Un objet trop rare et au propos cinglant. A ne pas manquer.

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